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Lusignan et le sentier de Mélusine

Bienvenue à Lusignan en pays Mélusin, terre de légendes, celle de la fée Mélusine, la fée bâtisseuse, mi-femme mi-dragon. Sa légende dépasse la ville de Lusignan, elle est réputée avoir bâtie maintes villes non seulement en PoitouCharentes, mais aussi en Vendée, et sa descendance conquis maint royaumes jusqu’à Chypre, Jérusalem et en Arménie. Mon enquête sur la fée la plus connue de la région commence donc par son fief, où son souvenir est le plus vivace. Suivez-moi dans une boucle de 9 kilomètres à travers champs, bois et ruelles médiévales. Vous découvrirez la forêt du Grand Parc, autrefois forêt de Coulombiers, où Raymondin rencontra Mélusine et en tomba amoureux, le début d’une folle histoire et d’une dynastie, celle des Lusignan.

La Légende

Mélusine était l’ainée des trois filles d’Elinas, roi d’Albanie (ancien nom de l’Écosse) et de Dame Pressine, une fée rencontrée lors d’une chasse. La fée Pressine accepta de devenir sa femme sous condition que son époux ne devrait jamais la voir du temps de ses couches. L’histoire s’arrêterait là si Elinas n’avait pas bravé cette interdit, ou plutôt s’il n’avait pas oublié sa promesse. Pressine surprise entrain de baigner ses filles, se sentie trahie et s’en fut avec ses filles sur l’ile d’Avalon où vivait sa soeur.

Élevé en Avalon les trois soeurs grandirent avec l’envie de se venger de la trahison de leur père. Mélusine entraina ses soeurs dans sa vengeance et toutes trois enfermèrent leur père dans une montage. Pressine apprenant les actions de ses filles les maudit toutes trois : Mélusine fut condamnée a être chaque samedi un serpent du nombril jusqu’aux pieds.

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Mélusine suite à sa malédiction s’en fut et erra jusqu’au jour de sa rencontre avec Raymondin dans la forêt de Coulombiers en Poitou. Ce dernier lui aussi errait dans la forêt après avoir tué par inadvertance son oncle, le Comte de Poitiers, lors d’une chasse. Près de la Fontaine de la Soif, il fut charmé par Mélusine qui lui conseilla de ne rien raconter de sa mésaventure avec le Comte de Poitiers, mais aussi de demander au nouveau Comte de lui donner des terres en Poitou. Il demanda donc des terres pouvant être contenu dans une peau de cerf. Grâce à Mélusine cette peau s’étira et Raymondin devint un riche propriétaire. Mélusine accepta d’épouser Raymondin sous une seule condition, ne jamais chercher à la voir le samedi. Raymondin s’empressa d’accepter et Mélusine lui donna dix fils, la lignée des Lusignans était née.

Pas de happy end pour Mélusine malheureusement, poussé par la curiosité et la jalousie de son frère, Raymondin trahit sa promesse et pénétra dans la chambre de Mélusine et la vit dans sa baignoire, mi-femme, mi-serpente. Mélusine s’enfuit en hurlant, s’envolant grâce à ses ailes.

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Les Lusignan

Chacun des fils de Mélusine et Raymondin possédaient une marque de féérie, une tare physique. Parmi eux Geoffroy à la GrandDent, fils d’Hugues VII de Lusignan et d’une sarrasine qu’Hugues VII aurait rapporté des croisades dans la réalité, possédant une défense de sanglier et une force exceptionnel. Il est le lien entre la légende et les Lusignan, seul personnage que l’on retrouve dans la réalité et le conte. C’était un guerrier, et sa légende à lui aussi dépasse nos frontières. Les Lusignan au fil des siècles devinrent célèbres, devenant même roi de Chypre et de Jerusalem. On dit que Mélusine signifierait « mère des Lusignan » et qu’elle veille toujours sur sa descendance.

Le sentier de Mélusine

Cette randonnée démarre à Lusignan, près de la rivière et du camping, à la base de Vauchiron. Le sentier est bien balisé, et en quelques minutes, on passe sous le viaduc et on se retrouve dans les bois. Je dois vous avouer que sur cette boucle de 9 kilomètres je n’ai croisé personne, ou plutôt aucun humain! Seuls les ânes, lièvres, hérons et autres oiseaux m’ont accompagné dans mes aventures. Quelques flocons commencent à tomber, je longe la Vonne (la rivière) à travers les bois marécageux à cause des pluies diluviennes de ces dernières semaines. Le chemin rejoint à présent quelques clairières où les hérons s’envolent à mon passage.

Puis il faut traverser une route goudronnée pour rejoindre un chemin qui mène à l’ancienne ferme des Brousses. Le lieux est désert, les bâtiments sont pour la plupart à l’abandon. De grands châtaigniers se trouvent tout près de la ferme, on y apprend qu’ils ont été plantés là au 17ème siècle pour conjurer la famine. Seuls les croassement des corbeaux m’accompagnent, je ne me sens pas très à l’aise devant ces bâtiments aux allures de maisons hantées. Un panneau indique que de nombreux ossements de boeufs se trouvent près d’une des maison, ses ossements étaient utilisés pour retenir la glycine. Je ne les ai pas vu, peut être non plus que je n’ai pas bien cherché. Tout près de la ferme, se trouve un immense pin parasol, classé comme arbre remarquable.

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Puis le sentier longe à nouveau la Vonne. Des baudets du Poitou, l’âne emblème de la région, me fixent de l’autre côté de la rivière, se demandant surement ce que je fais sur un chemin de randonnée toute seule en plein hiver. Je leur répond et pourquoi pas! On perçoit différemment la nature seule et elle se révèle différente elle aussi en hiver.

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Le chemin rejoint un ancien moulin, celui de Mongadon, présent depuis le moyen-âge, il ne cessa son activité qu’en 1990 et fut transformé en habitation. J’enjambe le pont de Mongadon pour rejoindre un sentier menant à la forêt communale du Grand Parc. Tout d’abord le sentier traverse le Val de Mâcre, site protégé où se reproduisent des amphibiens, on y trouve également des espèces d’oiseaux et de chauve-souris protégées. Je n’ai rien vu à par la neige et la boue, le printemps serait certainement mieux indiqué pour l’observation animalière.

On pénètre dans le Grand Parc, forêt de 160 hectares aujourd’hui, autrefois entièrement ceinturé de mur car terrain de chasse privilégié des seigneurs de Lusignan. C’est ici que la rencontre se fit entre Mélusine et Raymondin. Ici est un bien grand mot, vous ne trouverez pas le lieux précis de leur rencontre, mais peut être comme moi voudrez vous chercher la Fontaine de la Soif, près de laquelle Mélusine et ses suivantes se trouvaient. Si vous la trouvez merci de m’en informer!

Le sentier continue à travers bois et emprunte une partie du chemin de Saint Jacques de Compostelle, le GR 655. Puis une passerelle enjambe la Vonne et vous voilà à nouveau à Lusignan.

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Lusignan, la ville

Le sentier de Mélusine continue à travers les ruelles de cette petite ville, mais je vous avoue que j’ai un peu suivi mon propre chemin, avec la curiosité d’une enfant qui recherche un trésor caché.

Me voilà au pied des ruines du château des Lusignan, des escaliers permettent de rejoindre le bas des anciens remparts. Le château de Lusignan, construit sur un socle rocheux, fut le plus grand château fort de France, des fouilles excavèrent les ruines en 1995 seulement. Selon la légende, ce fut la première construction de la Fée bâtisseuse, qu’elle bâtit en un temps record. On y découvre une poterne, sorte de porte dérobée dans la muraille, pour sortir et entrer au château en toute discrétion, puis la tour Mélusine, datant du 13ème siècle, qui a l’époque était la plus imposante de tout le château, haute de ses 30 mètres.

Une ruelle permet de rattraper le coeur du village et la place André Léo. Sur cette grande place bordée d’arbres, vous découvrirez une stèle en mémoire du génocide Arménien, une Khatchkar. Étrange pour une ville comme Lusignan, c’est aussi un tour de la fée Mélusine. Léon V de Lusignan, un de ses descendants, fut le dernier roi d’Arménie.

Les hauts de Lusignan, où se trouvait jadis le château, furent transformés en une promenade avec jardins à la française. La promenade de Blossac fut aménagée au 18ème siècle, et domine toujours la vallée de la Vonne et la forêt du Grand Parc.

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La jolie du haut de la promenade de Blossac

La neige s’intensifie lorsque je flâne dans les petites ruelles sinueuses du bourg. Quelques devantures de portes attirent l’attention, les sculptures et peinture de la fée sont présents un peu partout dans le village. Je joue à cache-cache avec elle, la cherche un peu partout. Je passe devant l’ancienne maison du gouverneur pour rejoindre la place des halles et l’église NotreDame et SaintJunien.

Et quelles église! Mélusine y est présente partout, des monstres possédant queues de serpent et visages humains, sont sculptés sur sa façade, à l’intérieur une fresque en bois retrace son histoire. Sa porte Nord est entièrement sculptée d’animaux, une affiche vous expliquera même la signification de chaque animal. La porte Nord est accessible, bien qu’une partie des ruelles qui entourent l’église soient en travaux lors de mon passage.

Face à l’église, on ne peut que remarquer une très belle maison à colombage. C’est par là que le sentier de Mélusine se poursuit. je redescends les rues vers la base de loisir de Vauchiron en bord de Vonne, pour un dernier adieu à la rivière qui a guidé mes pas tout au long de cette randonnée.

 

Pour un descriptif détaillé de la randonnée, je vous mets un lien vers un pdf ici qui vous guidera vous aussi à la poursuite de Mélusine à Lusignan.

 

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7 Comments

  1. Longevial says:

    Après avoir lu cette très belle histoire j’ais vraiment envie de découvrir ce parcours que vous avez tellement bien détaillé. Merci pour toutes ces bonnes explications

    1. C’est le plus beau des commentaires que l’on puisse me faire. J’espère que ce parcours vous plaira autant qu’à moi!

  2. Carole B. says:

    J’ai grandi dans un village qui touche Lusignan. C’est toute une partie de mes souvenirs qui ressort avec votre récit 🙂 ça sublime Lusignan 🙂
    J’y étais dimanche même pour y faire un trail.

    1. Merci 😊, il y a vraiment des jolies coins à explorer dans les environs de Lusignan!

      1. Carole B says:

        Là-dessus, je rajoute, super le portage 😉

  3. Corinne R says:

    Merci pour ce bel article. Je suis née à Lusignan et fier d’être une Mélusine! J’y ai passé toute mon enfance jusqu’à l’age de 21 ans. J’y retourne quand je suis dans le coin. En fait, il manque des photos des portes de la ville qui ont été récemment rénovées. Pour tous les visiteurs potentiels, le terrain de camping est super et très calme.

    1. Merci pour ton commentaire. Je dois retourner à Lusignan pour un prochain projet, je ne manquerai pas de mettre à jour mon article grâce à toi!

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